« Nous sommes tous des passeurs de valeurs »

26/08/2015

Philippe PéronPhilippe Péron à l’initiative de la création du site

A l’initiative de la création du site sportsetvaleurs.com après avoir mené à bien plusieurs projets d’éducation par le sport, Philippe Péron met l’accent sur la volonté de partage social de Sportsetvaleurs.com et sur l’espoir de fédérer les énergies positives du monde sportif.

Philippe Péron, à qui s’adresse ce nouveau site SportsetValeurs. com ?
A tout le monde. Tous ceux qui ont envie de préserver l’esprit et les valeurs du sport peuvent facilement y apporter leur contribution. Chacun d’entre nous : joueurs, éducateurs, dirigeants ou supporters, passionnés de sport, assistons à de belles initiatives sportives : solidarité, respect de l’éthique, initiative d’éducation par le sport, etc… Qui en parle ? Quelle trace en reste-t-il ? Aucune parfois.
Il y a quand même le relai des médias ?
Bien sûr, la presse parvient à en relayer certaines mais ces remontées sont infimes en comparaison de la multitude de belles initiatives et des bons exemples qui fleurissent au quotidien partout en France, dans les clubs et associations sportives. Toutes disciplines confondues, c’est énorme. L’idée du site est donc de permettre une « remontée » des bonnes pratiques et des bons exemples. Il existe des savoir-faire, il faut le faire savoir… En turbulences parfois sévères, notre société a besoin de se nourrir de ces bons exemples. Il n’y a pas que les « mauvais », souvent incontournables et relayés dans les médias qui doivent avoir leur place. Au contraire : place aux initiatives de l’ombre qui vont servir de repères aux jeunes et aux familles. Appuyons nous sur ce qui fonctionne, rassemble et encourage à mieux faire.
Pensez-vous que les gens vont accrocher à cette initiative ?
L’initiative est simple et nous partons de très bas, voire de zéro. Sa réussite dépend aussi totalement de l’intérêt et de la bonne volonté des gens qui accepteront de rejoindre le site pour y « poster » un résumé de quelques lignes et photo des beaux exemples sportifs de leur région. Nous ne maitrisons pas leur réactivité. Il faut donc donner du temps au temps mais nous avons la conviction que ce site peut se faire une place et fédérer les énergies positives. C’est une niche mais elle se veut accueillante, spacieuse et rassembleuse. On l’ouvre à un moment où l’on ressent un besoin social très important. Je ne parle pas seulement de l’ambiance de crise et des difficultés économiques du pays, je pense à la fragilité du monde associatif et sportif. Exceptions faites des milieux professionnels où l’argent circule souvent à flot, les acteurs bénévoles sont en panne de reconnaissance. Leurs initiatives ne trouvent que trop rarement la lumière alors qu’elles sont souvent fondamentales en termes de lien social, d’apprentissage de la mixité dans le « vivre ensemble » qui préoccupent le monde politique. A une échelle infime, le site Sportsetvaleurs.com tentera donc de mettre ce monde-là en lumière.
Le site a-t-il d’autres objectifs ?
Nous sommes au pied de l’escalier et les marches paraissent encore plus hautes lorsque l’on part du bas. Tout peut s’arrêter très vite mais nous aurons eu le mérite de tenter l’expérience. Le vrai risque est de ne rien faire… L’étape qui peut ouvrir d’autres portes c’est d’arriver à faire connaitre le site sur le plan national et omnisport. S’il fédère, nous irons demander des aides et des mécénats à de grandes entreprises qui souhaitent souvent associer leur image de marque à de belles réalisations et à des valeurs. Tout cela a du sens. On fera alors en sorte que le soutien financier du monde économique vienne comme un bonus vers ceux qui auront mené à bien des initiatives et qui « éduquent » aussi les salariés de demain. Les plus belles initiatives seront primées. Par ailleurs, nous avons d’autres idées de « partage » mais il est trop tôt pour en parler.
La création du site est-elle la conséquence d’un parcours atypique et de la mise en place de projets innovants en termes d’éducation par le sport ?
Oui, le site Sportsetvaleurs.com peut être comparé au troisième et dernier étage d’une fusée. Bien sûr qu’il est tout sauf le fait du hasard. C’est l’aboutissement ou le prolongement de 15 ans d’expériences et d’engagement associatif. Cela donne une part de crédibilité pour s’engager dans l’aventure. Au moins, on ne peut pas dire que l’on prend la mer sans la connaitre un peu… La navigation en solitaire et par gros temps, c’est du vécu.

avec Didier Deschamps en... 2004 déjà !

avec Didier Deschamps en… 2004 déjà !

Entre 2000 et 2006, l’association L’Enfance de l’art dont je suis le président-fondateur a créé le dispositif « Etoiles des banlieues – P’tit Foot ». C’était une sorte d’équipe de France de la solidarité par le foot. Parrainée par des footballeurs pros, par le monde de l’entreprise et certaines collectivités, cette équipe de 17-21 ans disputait l’ex Trophée des centres de formation à Ploufragan (Côtes-d’Armor). On y rivalisait avec les clubs pros mais surtout c’était un exemple de mixité et de cohésion social par le ciment sportif. Le dispositif s’accompagnait aussi d’un puissant levier éducatif symbolisé par la Charte du P’tit footeux parrainée par Didier Deschamps. On a sensibilisé des milliers d’enfants d’écoles de foot aux valeurs de contrôle de soi, générosité, courage, humilité, générosité, tolérance…
Ce dispositif n’existe plus  alors qu’il serait d’une totale modernité ?
Non effectivement il n’existe plus. Oui il serait d’une totale modernité. Un proverbe dit qu’il n’est pas bon d’avoir raison trop tôt… C’était le cas. En 2007, l’équipe a été écartée du Tournoi où elle fréquentait Paris SG, Bordeaux, Toulouse, Guingamp… Il n’était pas imaginable qu’une équipe associative baptisée « Etoiles des banlieues » trouble à point le monde professionnel, voire qu’elle finisse par remporter le tournoi. On s’en approchait (3e de l’édition 2006, 4e en 2005 et 2004)… Ce qui s’est passé ensuite à Knysna, au Mondial en Afrique du Sud avec l’équipe de France, démontre effectivement que certains dirigeants du foot de l’époque, n’avaient pas compris grand-chose de notre démarche. Dégoûtés, découragés, dans une totale incompréhension, les bénévoles de l’association ont pris un coût de massue sur la tête. Leur élan a été brisé net parce que la participation à ce tournoi était vécue comme une cerise sur le gâteau. Ce défi servait de ciment aux 22 jeunes venus d’horizon sociaux et culturels différents. Heureusement, un autre projet innovant était sur orbite.
Vous parlez de l’agenda scolaire Sports et Valeurs ?
Oui. Aujourd’hui, L’Enfance de l’art est restée dans le jeu de l’éducation par le sport et pas n’importe comment. Elle s’appuie sur une poignée d’amis presque sur une famille. Le petit nombre n’empêche pas l’efficacité. Depuis 2007, elle ne réclame plus rien à personne et ne s’expose plus aux coups de bâtons… Elle est dans une approche omnisport, directement en phase avec la création du site Sportsetvaleurs.com. Chaque année depuis 2007, en collaboration avec les Editions du Bélon, nous publions L’agenda scolaire Sports et Valeurs. Là aussi, l’idée est simple. Par des messages courts et structurants, des sportifs de haut niveau expliquent en quoi le sport les a aidés à construire leur vie d’homme ou de femme. En neuf éditions de l’agenda, nous avons recueilli les messages de près d’une centaine de sportifs notoriété, parmi les plus importants des dernières décennies. Ces messages sont à la fois un vécu et un patrimoine que nous avons aussi valorisé par la création de l’exposition Sports et valeurs. L’expo circule en France gratuitement à disposition des associations, clubs familles et enfants… On transmet des exemples à suivre.
Vous semblez extrêmement attentif à cette logique de transmission sociale ?
Elle est au cœur des choses. J’ai 56 ans, je suis marié et père de trois enfants. Journaliste à Ouest-France à Paimpol en Bretagne après avoir travaillé 20 ans au service des sports, j’ai eu la chance de croiser des gens d’une extrême richesse humaine. Qu’ils soient sportifs ou pas, beaucoup d’entre eux détiennent une expérience et un savoir d’autant plus précieux que de plus en plus de jeunes cherchent un chemin ou un passage dans ce monde agité. On ne peut pas céder à la déprime ou à l’anxiété générale sans faire l’effort de montrer que des solutions existent et que tout n’est pas si sombre. Le site Sportsetvaleurs.com s’inscrit dans cette logique de transmission. Pour ma part, ce sera aussi ma pierre, probablement la dernière, à l’effort collectif. Si le site prend son envol, d’autres prendront le relais…

Je dis souvent que nous sommes tous des passeurs de valeurs.