Nairo Quintana, péon au guidon

26/11/2015

Par Pierre CARREY

Le petit grimpeur colombien, engagé auprès des paysans et des pauvres de son pays, peut gagner le Tour de France cette année.

Là d’où il vient, l’herbe est plus haute que le soleil. L’oxygène manque, la nourriture aussi sur la vereda La Concepción, ce sentier des Andes qui se déplie à 2 800 mètres d’altitude, au nord-ouest de la Colombie. Nairo Quintana est né sur ces terres sèches. Forcément paysan, depuis le début, et aujourd’hui encore. L’Eddy Merckx de la Cordillère, considéré à 25 ans comme le meilleur grimpeur du peloton, retournera là-bas, fin juillet, après le Tour de France. S’il triomphe, il sera le premier non-occidental à se hisser au palmarès en plus d’un siècle. Le premier maillot jaune des pauvres. Nuance : «Je ne représente pas les paysans pauvres, mais les paysans dignes.» Sur le plateau, on dit que les hommes parlent peu. Nairo Quintana épouse ces attitudes rêches quand il est question de son sport, de son métier, de ses jambes en satin, de tactique et d’ambition. Mais, il s’anime quand il peut enfin raconter sa région, ses congénères, son dur labeur, ses patates dont il puise tous les sucres. Petits yeux, c’est le sourire qui vous fixe à la place. «Vous connaissez la dernière blague colombienne ?» demande-t-il.

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