Le football pro n’est pas dans un monde à part

11/09/2015

football-argentIl n’a que 19 ans et quelques matches de Ligue 1 avec Monaco mais cela n’a pas empêché Manchester United d’investir 80 M€ d’euros sur Anthony Martial. Ce nouveau transfert record a fait tourner les têtes et remonter en surface les chiffres astronomiques du foot business : 1,5 milliard d’euros de chiffres d’affaire et bientôt 726,5 M€ de droits télé pour la L1… Toujours plus croissant, le foot français a beau « relativiser » en se tournant vers de richissimes anglais (3, 9 milliards de chiffre d’affaire et 2,3 milliards de droits télé), il donne un vertige jusqu’au haut-le-cœur.

Rôle essentiel

Dans le même temps, le contexte tendu de la rentrée sociale a accentué l’écart sidéral qui sépare la « bulle du football pro » d’une base en mal de moyens et de visibilité. A l’inverse, la baisse des dotations d’Etat a déjà conduit les collectivités à serrer les boulons d’un milieu associatif et sportif qui compte pourtant 3,5 millions de bénévoles, 175 000 associations et 17 millions de licenciés. Le mouvement sportif se partage des miettes alors qu’il tient pourtant un rôle essentiel en termes de développement durable et de cohésion sociale (Vivre ensemble).

Le déclic international

Trop souvent perché dans sa tour de Babel, le football professionnel peut-il faire l’économie d’une prise de conscience plus aigüe ? Son sacro-saint « spectacle », attire, argent, spectateurs et les téléspectateurs mais cela n’affranchit en rien des responsabilités sociales et d’un partage obligé. Au contraire car la jeunesse affronte d’autres chiffres vertigineux : Deux millions de jeunes entre 16 et 25 ans ne sont ni à l’école, ni en formation. 25 % des moins de 25 ans sont au chômage et désormais chaque enfant français porte 30 000 € de dette publique à la naissance… Non, le foot professionnel ne peut pas être dans un monde à part. La crise internationale née de l’afflux des migrants va peut-être lui servir de déclic vers un nouveau « partage » ?

Des grands clubs comme le Bayern de Munich (1 M€ de don), l’AS Roma ou le Réal de Madrid ont décidé d’apporter leur aide aux migrants. La Fédération française de football a aussi annoncé un chèque de 100 000 € à une association de réfugiés. Est-ce le début d’une ère nouvelle et d’une plus juste répartition des ressources ? On dirait que l’urgence est là.

Philippe PERON.