Volet 6 – Jérôme Fernandez : « La lumière va s’éteindre »

19/12/2015

L’invité de la semaine de Sports et valeurs.com.Quadruple champion du Monde, double champion olympique et triple champion d’Europe de handball, Jérôme Fernandez (entraîneur-joueur d’Aix-en-Provence) s’est confié à Sportsetvaleurs.com. Couvert de médailles au point d’être parmi les plus titrés des sportifs mondiaux, l’emblématique arrière de l’équipe de France n’oublie pas d’où il vient. Quotidiennement, jusqu’à samedi, il livre son sentiment sur son parcours hors norme et sur les étapes structurantes de sa vie sportive.

Une blessure aux adducteurs le prive du Championnat d’Europe.

SPORTS ET VALEURS : Lorsqu’on est couvert de médailles et que la fin de carrière est proche, a-t-on peur de voir s’éteindre la lumière des projecteurs ?

Jérôme FERNANDEZ : « Oui, progressivement la lumière va s’éteindre mais quand on n’a pas cherché cette lumière, le jour où elle s’en va, je crois qu’elle ne manque pas tant que ça. En revanche, lorsqu’on a passé son temps à la chercher, alors là, forcément, c’est une petite mort qui arrive. Moi, je n’ai pas de problème par rapport à ça. Je m’y suis préparé et je pense que je le vivrai bien.
Certains sportifs de haut niveau ont du mal à affronter ce grand vide de fin de carrière ?

« Quand on est construit pendant des années avec un quotidien planifié pour la performance, etc. Quand on n’a plus ça, c’est là que la dépression guette. Moi, je voulais garder ce quotidien, un emploi motivant et l’envie de me lever le matin. Me retrouver à 35 – 40 ans, à me lever le matin sans rien avoir à faire, ce serait très compliqué pour moi. »

L’anticipation de l’après carrière reste une question importante chez les sportifs de haut niveau ?

« Il y a des choses qui sont mises en place dans certains sports pour anticiper la fin de carrière des athlètes. Que le sportif ait au moins quelque chose derrière. La suite de carrière peut venir, par exemple des partenaires des clubs. Dans le rugby c’est quelque chose qui est très bien fait depuis de nombreuses années. Beaucoup de rugbymen sont reconvertis chez leurs partenaires des clubs. Nous au handball, il faudrait aussi qu’on y songe. »

Vous avez des idées ?

« Il faut construire ça avec nos partenaires. En plus, les entreprises peuvent être friandes de ces profils de sportifs. Les sportifs des gens qui savent ce qu’est la motivation. Après avoir été excellent et hyper compétent dans un domaine, ce n’est pas évident au sportif d’imaginer de basculer dans un domaine où il pense ne rien connaître. C’est un départ à zéro qui peut être très compliqué psychologiquement. En plus, il a tendance à mettre la barre très haut. »

Propos recueillis par Philippe PERON.

Jérôme FERNANDEZ EN BREF. Né à Cernon le 7 mars 1977 (38 ans), 1,99 m pour 106 kg. Champion olympique 2008 et 2012, champion du Monde 2001, 2009, 2011, 2015, champion d’Europe 2006, 2010, 2014. Arrière gauche et meilleur buteur de l’histoire de l’équipe de France. Vainqueur de la Ligue des champions 2005 et 2009.
Ses clubs : Carbon Blanc, Bordeaux, Toulouse, Montpellier, Barcelone, Ciudad Réal, Kiel, Pays d’Aix. Chevalier de l’ordre national du mérite. Parrain de l’association ELA contre les leucodystrophies.