Benjamin Vandekeckhove militant du sport pour tous

15/10/2015

bvdkWEBLe Spartak lillois anime un quartier grâce au sport (football, basket-ball et natation). Depuis 2010, près de 90 personnes d’âge et d’horizons différents ont ainsi pris part à ses initiatives sportives qui font du lien social. Le projet a retenu l’attention de nationalement (Fais nous rêver). Rencontre avec Benjamin Vandekeckhove, porteur d’un projet de « sport pour tous ».

Benjamin Vandeleckhove, comment est née cette idée ?

« Elle a émergé il y a 5 ans. Nous étions un petit groupe de jeunes à vouloir nous remettre à la pratique du football. Anciens licenciés, nous avons vite partagé une déception commune de ce qu’on avait connu étant jeune : la compétition à outrance, l’exclusion par le niveau, la pression de l’entraîneur, le prix des licences parfois excessif. Suite à ce constat, nous avons décidé de former notre propre club (le Spartak lillois) basé sur l’ouverture à tous. Devant le constat que la marchandisation du sport rendait ce dernier de plus en plus coûteux, nous avons mis en avant une adhésion symbolique à 1€ par mois afin de réaliser, en pratique le sport pour tous. De plus, nous avons formé un groupe hétérogène constitué de bons footballeurs mais aussi de débutants. Nous avons décidé de donner une tonalité militante à notre club. »

Porteuse d’une logique militante oui mais encore ?

« Nous pensions qu’il était injuste que le football soit assimilé à la violence, au machisme, au sexisme, à l’homophobie, au racisme. Nous avons donc rédigé un manifeste édictant des règles de vie commune et décidé de promouvoir un sport populaire et solidaire, porteur de valeurs positives. Nous refusons de voir le football Sali par les scandales politico financier qui font la une des médias, pour nous le football est un outil de lien social, de rencontres, de développement et d’émancipation. »

Comment ce projet est-il parvenu à se développer au fil des années ?

« Sur ces bases, nous avons très vite recruté de nouvelles personnes, qui se sont engagées dans le projet et qui ont permis à la structure d’évoluer. Depuis quelques années, nous pratiquons également le basket, la course à pied, et d’autres sports. Nous sommes également investis dans la vie de notre quartier en nous servant du sport comme moyen de rencontre et comme outil pour promouvoir le vivre ensemble. Grâce à des initiatives sportives conviviales, nous créons un élan de vie dans certaines parties du quartier. Dans ce cadre, nous organisons chaque année des olympiades populaires, une fête du sport avec un tournoi de foot à 7, ainsi qu’un grand tournoi de Molkky. »

Quelles ont été les difficultés rencontrées et à l’inverse qu’est-ce qui a facilement fonctionné ?

« La principale difficulté est la « non-reconnaissance » de notre projet par les pouvoirs publics. Bien qu’à force de négociations, nous avons réussi à accéder à certaines infrastructures, il nous a été difficile d’être reconnu comme légitime pour une pratique sportive non compétitive. Beaucoup de nos interlocuteurs ont voulu nous enfermer dans des cases, ne comprenant pas l’optique multidimensionnelle de notre projet, à la fois sportif, éducatif et social. Encore aujourd’hui, il reste dur de se faire une place à côté des clubs compétitifs, y compris pour accéder aux infrastructures publiques ou aux subventions. Notre titre de Lauréat Régional du concours « Fais nous rêver » de l’APELS a été un vrai coup d’accélérateur à ce sujet. Mais la bataille n’est pas encore gagnée. »

Ce projet du Spartak lillois est-il transposable ailleurs ?

« À travers notre expérience, nous avons vite compris que le sport loisir, convivial et non marchand était très porteur. Un large public recherche un espace de détente et de liberté pour se dépenser et pour créer du lien. De plus, le cadre associatif permet d’être assez souple sur notre gestion et de mettre en dynamique plusieurs personnes. Notre fonctionnement collectif (sans coach, sans éducateur) permet à chacun d’être en position d’apprendre et de recevoir. De manière globale, c’est le groupe qui doit s’autogérer et apprendre à vivre avec les différences de chacun sans devoir attendre les ordres d’un entraîneur. C’est un vrai défi quotidien mais également notre plus grande richesse. »

Comment imaginez-vous l’avenir du dispositif ?

« Notre association se développe cette année avec du sport en salle. Nous avons un créneau hebdomadaire de sport en salle à 1€ par mois et nous espérons trouver un nouveau public, en faisant venir d’avantages de femmes notamment. Notre ambition est de faire de ce créneau en salle un rendez-vous convivial et fraternel afin de transformer la salle en lieu de vie social le temps de quelques heures dans la semaine. Nous espérons donc nous ouvrir encore plus sur le quartier, dans une optique d’un sport de masse, d’un sport populaire et solidaire. »

Par quels moyens vous parait-il possible de développer en France, l’éducation par le sport ?

« L’éducation par le sport est déjà existante. Des milliers de projets existent partout en France pour promouvoir un sport éducateur, support de vivre ensemble. Chaque projet est riche d’enseignements mais pour l’immense majorité de ces projets, c’est l’austérité qui sévit. Nous devons composer avec un quotidien fait de moyens très précaires, des subventions inexistantes ou réduites à la portion congrues, et une reconnaissance institutionnelle limitée. »

Que préconisez-vous ?

« Il est temps que ces projets soient d’avantage mis sur le devant de la scène, notamment de la scène médiatique. Il n’est pas normal que les journaux fassent couler des tonnes de litres d’encre pour nous parler du sport d’élite, du sport business, du sport compétitif, et que les initiatives de terrain pour un sport populaire n’aient que très rarement des échos et des relais. L’essence du sport est d’avantage portée par ces acteurs de proximité que par les clubs professionnels qui s’éloignent souvent des objectifs de développement territorial et humain permis par le sport. »

Tout cela suppose une très forte volonté politique ?

« Oui. Les politiques ont le pouvoir de changer la donne. Il faudrait revoir drastiquement le financement du sport dans notre pays. Avec un budget très largement insuffisant, le ministère des sports délaisse encore trop le sport pour tous au détriment du sport de compétition. Enfin, il faut accepter que les fédérations sportives n’aient pas le monopole du développement du sport en France et que beaucoup d’autres acteurs méritent également un appui institutionnel pour leurs projets. »